POURQUOI AUCUNE ENTREPRISE DE TELECOMMUNICATION DE COTE D’IVOIRE N’EST COTEE A LA BRVM ?

Cette question m’a été posée par un de mes étudiants. Je l’ai trouvé intéressante et j’ai voulu partager ma réponse avec tous ceux qui portaient la même interrogation.
Mon propos s’articulera en trois parties. Premièrement, je présenterai les différentes raisons qui qui d’ordinaire poussent une entreprise à s’introduire en bourse. Ensuite, je vais étudier le cas particulier des sociétés de télécommunication opérant en C.I. Et enfin, je vais partager quelques pistes de solutions pour une meilleure représentativité de ces entreprises à la BRVM.
I- POURQUOI UNE ENTRPRISE VA-T-ELLE EN BOURSE?

Il y’a plusieurs raisons, plusieurs cas de figure.

1- La levée de fonds
Le cas le plus répandu est la levée de fonds. Une entreprise s’introduit sur le marché financier pour mobiliser des financements pour ses projets de développement. Il y’a un grand nombre d’exemple mais je ne citerai que celui de BOA MALI pour illustrer mon propos. Cette banque malienne a proposé 400 000 de ses actions au marché financier de l UEMOA en décembre 2015 pour mobiliser environ 8,8 milliards de FCFA.

2- Accroitre sa notoriété, sa visibilité
Ce motif est moins utilisé que le précédent pour justifier les introductions en bourse mais il est tout même présent dans les motivations. On a eu un cas de figure à la BRVM en début 2015 avec le groupe TOTAL. En effet, le géant français a introduit sa filiale sénégalaise sur le marché financier dans le but selon leurs propres termes « d’ancrer durablement sa présence dans la société sénégalaise ».

3- L’intervention de l’Etat
C’est le schéma qui pour l’instant a rapporté le plus de sociétés sur notre marché. En effet, les Etats sont des actionnaires historiques de nombreuses entreprises dans différents secteurs d’activité. A la faveur du désengagement au profit des investisseurs privés, certains pays dont la C.I ont offert au grand public la possibilité d’être actionnaire dans ces entreprises aux cotés des nouveaux repreneurs.
Il y’a quelques exemples passés mais je vais évoquer plutôt le cas de la S.I.B dont l’introduction doit avoir lieu tard en fin 2017. L’Etat de C.I qui était présent au capital de cette banque à hauteur de 49% n’en gardera que 5% au final. Le reste (44%) a été réparti comme suit 24% pour ATTIJARIWAFA BANK, 5% à un investisseur institutionnel, 12% pour les investisseurs de la BRVM et 3% pour les salariés.

II- QU’EST-IL D’ORANGE CI – MTN CI- MOOV CI ET AUTRES ?

Au vu des trois arguments présentés ci-dessus, nous pouvons mieux analyser le cas des entreprises de télécommunication opérant en C.I.

Concernant le 1er argument, la levée de fonds, il est bon de rappeler que ces entreprises sont toutes filiales de grands groupes étrangers cotées sur leur marché financier domestique. ORANGE est cotée à EURONEXT PARIS tandis que MTN occupe une bonne place à la bourse de Johanesbourg et enfin les actions de MARON TELECOM (maison mère de MOOV CI) s’échangent à la bourse de Casablanca. Dans ce contexte, la maison mère peut lever des fonds pour ses propres besoins ainsi que pour ceux de ses filiales.
A titre d’exemple, dans le cadre du renouvellement de la licence 4G en C.I, c’est MAROC TELECOM qui a fourni à sa filiale MOOV CI les 40 milliards pour le paiement de la 1ere tranche. En plus de l’actionnaire majoritaire, elles ont aussi la possibilité de recourir aux banques comme toutes les autres entreprises. Dans ce sens, MTN CI s’est illustré récemment avec un emprunt de 130 milliards sur 7 ans auprès d’un consortium local de banques.

Concernant la notoriété, ces entreprises ont déjà à ce jour une très bonne image auprès des populations. Grâce à un marketing agressif et un accompagnement dans tous les grands évènements, ils ont conservé l’estime de leurs clients de sorte que rien pour l’instant ne laisse penser que ces entreprises vont imiter la stratégie du groupe TOTAL.

Enfin, pour ce qui est la privatisation via le marché financier, cela ne peut s’appliquer qu’à des entreprises dans lesquelles l’Etat détient des participations. Dans le secteur des télécommunications, seul COTE D’IVOIRE TELECOM est dans ce cas de figure avec une participation de 49% de l’Etat de C.I.
Toutes les autres entreprises sont des filiales de groupes étrangers avec quelques actionnaires locaux.

Dans ces conditions, doit-on renoncer à voir un jour ORANGE CI ou MOOV CI à la BRVM ? Les ivoiriens seraient ils les seuls citoyens de l’UEMOA à ne pas bénéficier d’une partie de la richesse créée dans ce secteur ? Pour rappel, les populations du Sénégal, du Mali, du Burkina et des deux Guinées peuvent être actionnaires via la BRVM des sociétés de telecom qui opèrent dans leurs pays.
Ma réponse à cette question : vendredi 08 avril en exclusivité sur L’ECOLE DE LA BOURSE

III- COMMENT PEUT-ON INCITER LES OPERATEURS DE TELECOM À INTEGRER LA BRVM ?

Après avoir présenté la situation actuelle des entreprises de télécommunication de C.I, nous allons nous interroger sur les voies et moyens qui pourraient les conduire à rejoindre notre bourse.

1- La privatisation

La privatisation est la cession de tout ou partie des participations de l’Etat dans une entreprise à des opérateurs privés. Cette privatisation peut se faire uniquement entre l’Etat et l’opérateur privé ou par une cession partielle sur le marché financier. C’est ce dernier modèle qu’ont suivi le Burkina et le Sénégal dans le cadre de la privatisation de la SONATEL et de ONATEL.

En effet, c’est en 2006 que  le Burkina a entamé le processus de privatisation de l’Office National des Télécommunications (ONATEL) par la cession de 51% du capital de cette société au groupe MAROC TELECOM. Toutefois, l’Etat burkinabé a pris soin de réserver une partie du capital qu’il a proposé aux investisseurs burkinabés et de la sous-région à travers la BRVM. Ces actions au nombre de 782 000 actions représentant 23% du capital ont été introduites le 22 décembre 2008 sur le marché financier de l’UEMOA. Un modèle similaire a été mis en œuvre par le Botswana dans la cadre de la privatisation Botswana Telecomunication Corporation en début 2016. 49% de la société ont ainsi été offerts soit  462 millions d’actions au prix de 1 pula botswanais chacune. Cette offre est répartie en 44% pour les investisseurs publics et 5% pour les employés de l’entreprise.

En Côte d’Ivoire, cette approche peut être retenue pour la société COTE D’IVOIRE TELECOM dans laquelle l’Etat détient encore 49% du capital. Avec des résultats très intéressants (166 milliards de chiffre d’affaires pour un résultat net de 11,7 milliards en 2013), elle devrait recevoir un très bon accueil auprès des investisseurs. Néanmoins, Le processus de privatisation de cette entreprise semble être en attente de la fusion qui doit avoir lieu entre ORANGE CI et COTE D’IVOIRE TELECOM.

2- Les clauses de renouvellement de la licence

Les acteurs de la téléphonie mobile travaillent sous licence en Côte d’Ivoire. Ce pays a accordé des licences à 7 entreprises dont 5 ont pu effectivement démarrer leurs activités. A ce jour, seules trois poursuivent leurs activités et se sont même engagées pour bénéficier d’une nouvelle licence pour les années à venir. Les résultats de ces trois entreprises forcent le respect. A titre d’exemple, en 2013, ORANGE CI a réalisé un C.A de 324,7 milliards pour un résultat net de 32,7 milliards. Mais MTN CI a fait beaucoup mieux avec 280,8 milliards de chiffre d’affaires pour un résultat net de 47,4 milliards. Devant la forte croissance de ce secteur, l’Etat a décidé de renforcer la fiscalité en instituant un impôt de 3% sur le chiffre d’affaires et a fixé la nouvelle licence à 100 milliards sur une durée d’exploitation de 15 ans. Mais aurions-nous pu procéder autrement pour capter plus de ressources d’auprès de ces sociétés ?

A notre avis, l’Etat aurait pu inclure l’introduction de ces sociétés à la BRVM comme une clause de renouvellement de la licence. En effet, si le but est de capter une meilleure part de la richesse générée par ces compagnies, la cotation en bourse me semble plus appropriée que la fiscalité.
En effet, Lorsque l’Etat institue un impôt sur le chiffre d’affaires comme celui auquel sont soumises les entreprises de télécommunication, celles-ci ajustent le prix de leurs services et c’est au final, les consommateurs qui paient la note. Autrement dit, l’argent part de la poche des consommateurs à destination des caisses de l’Etat et dans ce schéma, les entreprises de telecom ne sont que des agents de recouvrement.
Par contre, lorsqu’une entreprise est cotée, elle partage une partie de son propre résultat aux investisseurs du marché financier. Autrement dit, une partie de l’argent qui serait sorti du pays à destination d’actionnaires étrangers restera dans le pays et sera injecté dans l’économie via l’épargne ou la consommation. Cette solution est envisagée actuellement par certaines autorités du Nigéria. A titre d’exemple, la SONATEL a distribué 160 milliards de F CFA de dividendes en 2015 à ses actionnaires dont 25% soit 40 milliards à destination des investisseurs de la BRVM. Certains spécialistes estiment que nos marchés financiers ne sont
pas prêts à recevoir de telles mastodontes pour des raisons techniques. Je ne partage pas leur avis mais ça c’est un autre débat.

CONCLUSION
Les entreprises de télécommunication présentes en C.I financent leurs besoins en capitaux à travers le système bancaire ou le recours aux avances de la maison-mère. Ainsi, sur cette base, il y’a peu d’intérêt pour elle à se retrouver en bourse. Néanmoins, si l’Etat négocie mieux les conditions de privatisation de la CITELCOM ou s’il intègre la cotation a la BRVM comme critère de renouvellement des licences, il pourrait susciter l’intérêt de ces entreprises

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